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 Article tiré de l'Encyclopedia Universalis sur le Roi Lear

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Marine



Nombre de messages: 428
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Localisation: Paris
Date d'inscription: 12/09/2006

MessageSujet: Article tiré de l'Encyclopedia Universalis sur le Roi Lear   Sam 16 Sep - 10:34

(ui c'est en français, tant pis hein, j'ai traduit quelques bouts de vers en italiques, mais bon ... je trouve que cet article résume assez bien la pièce. Et OUI je travaille beaucoup sur l'encyclo Universalis !!!)

A titre indicatif (et ptêtre que ça sert à rien de le dire ...) : Goneril en Français = Gonoril en anglais
Régane = Regan
Cordélia = ... ben .... Cordelia ...
Edmond = Edmund
_______________________________

Publié pour la première fois en 1608, Le Roi Lear, dont Victor Hugo admirait la « construction inouïe », est l'une des grandes tragédies de la maturité de William Shakespeare (1564-1616), l'une des plus intensément émouvantes aussi. Inspirée entre autres du chroniqueur médiéval Holinshed, mais aussi d'une pièce anonyme jouée en 1590 (The True Chronicle History of King Leir), elle plonge dans les racines historiques de l'Angleterre préchrétienne pour en tirer une tragédie de dimension mythique.

En chemin vers l'amer savoir

L'œuvre obéit à une structure d'une épure remarquable, mêlant habilement deux intrigues qui se complètent l'une l'autre. Le roi Lear, dès l'ouverture de la pièce, décide de se retirer et de partager son royaume entre ses trois filles : l'équité devra être parfaite, pour prévenir les possibles interférences passionnelles et assurer au royaume une succession pacifique.
Mais le don de ce père, qui choisit d'anticiper l'heure de sa fin, n'est pas aussi désintéressé qu'il en a l'air : l'héritage se voit conditionné par l'expression à son égard d'une parole d'amour publique, à laquelle se prêtent avec trop de complaisance les deux filles aînées, Goneril et Régane.
Quant à la jeune Cordélia, la préférée, elle refuse de recourir à la flatterie, qui confondrait les valeurs de l'être et de l'avoir : opposant le silence, le « rien » (=> « Nothing, my Lord »), au désir de ce père trop aimant, elle provoque sa fureur ; en découlent son bannissement, ainsi que celui de Kent, serviteur fidèle qui a dénoncé l'aveuglement du roi.

La pièce va mettre en lumière les conséquences de cette faute primordiale en montrant la justesse de la prophétie faite par Cordélia avant son départ pour la France : « Le Temps déploie les plis cachant la fourberie,/ Des forfaits qu'il voilait, la honte un jour se rit. » (« Time shall unfold what pleated cunning hides. / Who covers faults, at last shame them derides », p. 114) (acte I, scène 1)

Dans l'intrigue secondaire, le noble Gloucester, véritable double de Lear, se méprend lui aussi sur la vraie nature de son fils illégitime Edmond, son préféré, qui médite la perte de son frère légitime Edgar, dont il finit par obtenir le bannissement. Toute la subtilité de la structure de la pièce réside dans l'entrecroisement entre l'intrigue principale, commentée par Edgar qui, déguisé en fou, est le témoin des errements du roi, et l'intrigue secondaire, à laquelle il participe, en conduisant son père rendu aveugle vers l'acceptation patiente de son sort.


Au cours des quatre actes suivants, le roi Lear, comme Gloucester, passe de l'égarement initial à la connaissance, après une suite d'épreuves : bafoué dans son autorité et son indépendance financière par ses filles, il découvre leur vraie nature et fuit dans la nuit, suivi de son fou et de Kent, revenu sous un déguisement pour le servir, à travers la lande battue par les vents.
Là, dans une manière de « pastorale noire » qui oscille entre sublime et grotesque, il fait l'expérience de l'extrême dénuement. Soumis à l'épreuve des éléments déchaînés, il apprend trop tard de quel mensonge sont entourés les rois. Surtout, endossant tour à tour, au cours de ce voyage initiatique dans l'espace symbolique de la lande, les habits du roi, du mendiant, du bouffon pour enfin perdre la raison, il éprouve la misère humaine, celle de l'humaine condition, mais aussi celle des êtres dont il soupçonnait à peine l'existence, à l'image de ce « Pauvre Tom » - en fait Edgar déguisé -, réfugié dans une hutte, qui partage avec lui son abri.

La mise en question de tout savoir et pouvoir sur le monde fait du roi autrefois tyrannique l'incarnation de la leçon ultime des grandes figures de satiristes du temps : face au monde, ce « grand théâtre de fous » (IV, 5), tout est vanité, et l'insignifiance règne. Seul résonne alors, dans le vide, le rire de Lear confronté à son double Gloucester, dont les orbites vides et martyrisées évoquent au roi un Cupidon grotesque et monstrueux, tout en renvoyant, en référence à Œdipe, à l'aveuglement des deux pères et à leur parcours vers la vérité : « Un homme peut voir comment va le monde sans ses yeux » (IV, 5).

La mort de Cordélia, ou l'anti-Providence


Le dénouement, cependant, semble ramener quelque justice et indiquer l'intervention d'une Providence divine enfin retrouvée, dans un monde livré au chaos provoqué par la querelle entre les deux sœurs.
En effet, Cordélia, devenue reine de France, revient dans le royaume à la tête d'une armée pour sauver son père. Mais elle est vaincue par celle de Régane et de Goneril que commande Edmond, figure machiavélique de la pièce, qui jette Lear et sa fille en prison, et provoque involontairement la mort des deux sœurs qui se disputent son amour.

C'est alors qu'Edgar vainc son demi-frère en duel singulier, avec le soutien du duc d'Albany, époux bafoué de Goneril, qui décide de prendre le parti du roi. Le « jugement des cieux » (V, 3) semble juste, mais le monde promis par Albany et Edgar ne sera pas : par le simple et dérisoire effet d'un « oubli » d'Edmond, Cordélia a été assassinée.
Paraît alors Lear, portant son enfant dans ses bras. Dans ce moment d'une intensité tragique absolue, le langage paraît impuissant à dire l'horreur du sacrifice inutile : « Est-ce là la fin promise ? », s'exclame Kent, qui semble se faire l'écho de toute l'assistance.

La tragédie aboutit à l'inexplicable : la mort imprévisible de celle qui, par son innocence, aurait pu racheter l'humanité tout entière. La restauration de l'ordre politique promise par Edgar n'a guère de poids comparée à la souffrance de Lear, dont les dernières paroles, avant qu'il ne meure de chagrin, résonnent longtemps dans le silence d'une scène dévastée : « Pourquoi un chien, un cheval, un rat auraient-ils la vie,/ Et toi plus un souffle ? Tu ne reviendras plus,/ Jamais, jamais, jamais, jamais, jamais » (V, 3).
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Article tiré de l'Encyclopedia Universalis sur le Roi Lear

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