Marion Solotareff
[ PAGE 1 : Quelques remarques pédagogiques / PAGES SUIVANTES : Proposition de plan corrigé. ]
REMARQUES :
Orthographe : le nom de Serge PAUGAM a été souvent mal orthographié…
Connaissances (quelques points sur lesquels il y a eu des erreurs dans plusieurs copies) :
-Le mot « burakumin » ne s’emploie qu’au Japon. En Inde, les hors-castes sont appelés Intouchables, Harijan ou Dalit.
-Les « edge cities » dans les villes américaines sont des quartiers d’activité (bureaux ; éventuellement commerces) et non d’habitation.
-Dans les quartiers anciens taudifiés proches des centres, les habitants ne sont que très rarement propriétaires de leur logement, presque toujours locataires.
Technique de dissertation :
Même si vous l’avez déjà fait à chaque dissertation et pouvez avoir le sentiment de vous répéter…n’oubliez pas définir les termes du sujet dans l’introduction, y compris des termes de base maintes fois rencontrés comme (ici) « pauvres » et « ville ».
Rappel : la définition internationale de la pauvreté de revenu (moins de 2 voire moins de 1 dollar/jour) n’est utilisée que pour les PED. Pour les pays développés, ce sont les seuils nationaux qui sont retenus
Raisonnement :
Un « acteur » étant celui qui exerce par lui-même une action, il était contestable d’employer des expressions comme : « acteur indirect » , « acteur involontaire » ou « acteur passif »,
expressions qui contiennent une contradiction interne.
Si (au lieu de « acteur » ) le libellé avait comporté le mot « facteur » (terme désignant tout élément -qu’il soit humain ou non- susceptible de produire des effets), cela aurait été différent, puisqu’il est tout à fait légitime de parler des « effets indirects » de tel ou tel facteur, pour signifier qu’il y a eu un double enchaînement causal.
« Les citadins pauvres, acteurs de la ville ».
Proposition de plan corrigé :
INTRO :
La ville étant un regroupement d’individus nombreux (le seuil de 10 000 habitants étant le plus fréquemment retenu à l’échelle internationale) sur un espace bâti en continu, une telle concentration humaine ne se justifie que si elle permet d’intensifier les interactions entre les acteurs en présence. Cependant, parmi ces intervenants – particuliers isolés ou organisés, entreprises, pouvoirs publics aux divers échelons territoriaux - tous ne disposent pas, loin s’en faut, des mêmes moyens pour concrétiser leurs aspirations.
Les citadins pauvres peuvent être définis comme les habitants des agglomérations ayant un revenu notoirement insuffisant, avec moins de deux dollars par jour dans les PED (pays dits en développement) ou moins de la moitié du revenu médian, (voire d’un revenu minimal fixé officiellement) dans les pays développés. Au-delà de ces critères purement pécuniaires, on pourra élargir la définition en y incluant l’ensemble des citadins souffrant de conditions de vie déficientes en regard de ce qui est jugé acceptable. Ainsi, par définition même, ce sont parmi les acteurs de la ville ceux dont les moyens d’action matériels sont les plus limités de tous.
Dans ce contexte, se demander de quelles façons les citadins pauvres contribuent à modeler la ville et ses dynamiques en tant qu’espace (avec son étendue mais aussi son paysage) et en tant que système (économique, social, culturel et politique), c’est se demander quelles stratégies ils peuvent mettre en œuvre, alors que l’urgence de leurs impératifs quotidiens risque de primer sur la poursuite d’objectifs à plus long terme qui, en outre, ne coïncident pas nécessairement avec ceux que poursuivent les autres acteurs en présence. Pour éclairer cette question, on envisagera successivement :
I Les citadins pauvres, responsables de la création ou de la transformation des espaces bâtis et de leurs paysages.
II Les citadins pauvres sont à l’origine d’une vie économique et culturelle qui contribue à modeler le système-ville.
III Interférences et antagonismes entre les stratégies des citadins pauvres et celles des autres acteurs de la ville.
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I Les citadins pauvres, responsables de la création ou de la transformation des espaces bâtis et de leurs paysages.
1) Création de nouveaux espaces urbains en dehors de toute légalité
(quartiers précaires en périphérie, ou dans des interstices relativement proches des centres, mais vacants)
L’habitat illégal : phénomène très limité, même s’il n’est pas totalement inexistant, ds les pays développés. Ex : « micro-bidonvilles » réapparus ds l’agglomération parisienne ou marseillaise.
Mais dans ce type de pays, l’immense majorité des nouveaux espaces bâtis sont créés par des acteurs autres que les citadins pauvres. (pouvoirs publics, constructeurs privés).
Au contraire, phénomène massif dans les PED (Ex : le quartier illégal de « Mathare Valley » ds l’agglomération de Nairobi, Kenya).
Initiative issue des résidents pauvres eux-mêmes, individuellement ou en groupe, ce que soulignent les dénominations variées de ces quartiers.
Statut allant de l’absence totale de droit d’occupation (sur terrains publics) à des accords passés avec les propriétaires du sol (s’il s’agit de particuliers) : en ce cas les occupants sont « acteurs » de ces accords. (Ex : constructions ds villages autour du Caire ou de Beijing dont la fonction agricole décline).
Pratique fréquente de l’autoconstruction, au moins ds un 1er temps : les occupants sont bien, en ce sens, acteurs d’un paysage urbain qu’ils ont créé. Ds le cas des périphéries occupées par des nomades contraints à la sédentarisation et réfugiés, l’espace urbain, ds un premier temps, offre un paysage de simple campement.(Ex Oulan Bator, Mongolie) Ou s’il s’agit de migrants venus directement des campagnes, aspect rappelant l’habitation rurale -cases d’Afrique subsaharienne ; maisons sur pilotis en Asie du SE…)
Avec le temps, ce sont aussi les habitants qui entreprennent une « durcification » (ex : périphéries de Mumbai, Inde)
Dynamique de création renouvelée de ce type de quartiers : à la fois du fait de l’accroissement démographique, et de véritables stratégies de spéculation (revente du logement ayant pris de la valeur et réplication de la même expérience un peu plus loin).
Quel que soit le pays du monde, une autre forme de marquage des paysages urbains par les citadins pauvres est celle qui concerne des quartiers déjà existants, non pas créés mais tqu’ils transformés par leurs habitants.
2 Les transformations de l’espace urbain et du paysage dans des quartiers péricentraux
-Quartiers de gares, d’affaires, quartiers touristiques : la présence (plus ou moins visible) des sans-abris. (trottoirs, porches…)
-Quartiers d’habitation taudifiés :
Densification démographique (sauf en Amérique du N où les quartiers les plus pauvres sont caractérisés par le taux élevé de logements vacants)
Occupation illégale (squat) de bâtiments abandonnés
Constructions parasites surajoutées en hauteur(ex : sur les toits au Caire)
Construction légale et occupation illégale peuvent ainsi coexister. De même, les limites entre production d’espace urbain légal et initiatives infra-légales des plus pauvres se brouillent parfois :