article du monde d'aujourd'hui
Victimes des "balles perdues" lors des affrontements entre policiers et narcotrafiquants, les habitants des quartiers pauvres de Rio de Janeiro connaissent une nouvelle menace, celle des milices parapolicières, qui défient les revendeurs de drogue et même les forces de l'ordre. Les deux derniers week-ends, les échanges de tirs ont fait 15 morts.
Les milices sont formées par des policiers, des pompiers (rattachés aux forces armées) ou des gardiens de prison, retraités et d'active, qui prétendent expulser les criminels des favelas (bidonvilles). Sous prétexte d'offrir leur protection, les miliciens extorquent de l'argent aux favelados, notamment aux petits commerçants installés dans les ruelles tortueuses et aux vendeurs de bombonnes de gaz.
Les premiers groupes parapoliciers sont apparus il y a deux ans à Barra da Tijuca (ouest de Rio), où ils ont occupé la favela Rio das Pedras. Depuis, leur pouvoir s'est étendu. Ils contrôleraient déjà une centaine des 650 bidonvilles recensés dans la cité balnéaire. Selon les autorités, leur progression vers la zone nord de l'Etat de Rio a entraîné la réaction des trafiquants et de violents heurts, notamment sur l'île du Governador et à Penha.
MANSUÉTUDE DES AUTORITÉS
Pour les spécialistes de la violence carioca, les milices finiront par agir comme les gangs de la drogue. "Ces milices s'installent là où l'Etat est absent, explique Silvia Ramos, chercheuse au Centre d'études sur la sécurité et la citoyenneté de l'université Candido-Mendes. C'est un phénomène nouveau, elles n'ont rien à voir avec les "escadrons de la mort" qui exécutaient les bandits autrefois. Les milices restent et leur loi ne tardera pas à être celle d'une mafia, un pouvoir parallèle."
Selon le quotidien O Globo, les électeurs des zones dominées par les milices reportent massivement leurs voix sur des candidats qui sont d'anciens commissaires ou responsables de la sécurité publique de Rio. Les miliciens ont apparemment bénéficié de la mansuétude des autorités, à leur apparition. L'un des principaux chefs de ces groupes serait d'ailleurs un inspecteur, adjoint du responsable de la police civile jusqu'au mois de janvier, décoré pour bravoure.
En septembre 2006, le maire de la ville de Rio, Cesar Maia (droite), considérait publiquement les milices bien meilleures que le trafic de drogue, car il s'agirait de formations plus faciles à infiltrer et qui collaborent avec la police. Les habitants des favelas qui témoignent anonymement sur le numéro de téléphone destiné aux dénonciations (Disque Denuncia) assurent que des camions blindés de la police, lassés d'essuyer les tirs, ont aidé les miliciens à s'imposer.
Confronté aux violences en dépit du déploiement de la Force nationale de sécurité dans son Etat, le nouveau gouverneur Sergio Cabral (centre) a promis qu'il ne tolérerait pas les milices dans les bidonvilles. "C'est la fin du monde d'accepter un Etat parallèle", a-t-il dit.