ce post est là pour tous ceux qui veulent parler du dernier David Lynch! (ce point d'exclamation recouvre mal mon enthousiasme délirant). Je vous copie-colle l'article du Monde, en piètre amuse-gueule! (pleins de trucs sont pas clairs dedans d'ailleurs, je crois que c'est dû à de mauvaises traductions)
"'Inland Empire', c'est la vision de Laura Dern descendant cette rue, à pied." La rue en question serpente dans les collines d'Hollywood, pas très loin de Mulholland Drive. C'est là que David Lynch s'est établi, il y a plus de quinze ans. Au-dessus de Los Angeles, il vit, il travaille à ses films, à sa peinture, à sa musique. "J'étais surpris de la voir arriver, je ne l'avais pas vue depuis longtemps. Elle m'a expliqué qu'elle venait d'emménager dans le quartier et m'a dit "David, il faut que nous fassions quelque chose ensemble"."
Laura Dern et David Lynch ont un long passé commun : pour lui, elle a été l'adolescente blonde idéale de Blue Velvet (1986) avant de devenir la walkyrie de grands chemins dans Sailor et Lula (1990). Mais après Mulholland Drive, David Lynch s'interroge sur la nature même de ses films. Il propose d'abord à son actrice un monologue, qu'il capte à l'aide d'une petite caméra vidéo numérique à basse définition, sans être bien sûr de la destination finale de cet objet : mise en ligne sur son site Internet, installation vidéo...
"Nous avons tourné plusieurs scènes comme ça, explique Laura Dern. Et au bout de quatre ou cinq, il y a eu comme un déclic chez David et il a su ce que serait le film." Engagé en 2003, le processus va durer trois ans, une durée comparable à celle qui fut nécessaire à la gestation du premier long métrage de Lynch, Eraserhead.
"NE RIEN DIRE"
"Quand j'ai su ce que serait le film, je suis allé voir Frédéric Sichler, de Studio Canal, et il a accepté de me suivre", raconte le cinéaste, qui a depuis longtemps renoncé à obtenir quelque appui que ce soit du système hollywoodien. Inland Empire, qui tire son nom d'un quartier de Los Angeles, s'est donc fabriqué d'une façon qui n'a plus qu'un lointain rapport avec un tournage classique. Entre les premiers monologues et la fin des prises de vues, Laura Dern a eu le temps d'avoir un enfant (impossible de le deviner à la vision du film), la petite caméra numérique a tourné pendant des centaines d'heures.
Inland Empire n'a pourtant rien d'une improvisation, d'un fruit des hasards du tournage. Laura Dern ne savait rien du film lorsqu'elle s'est jetée dans ce projet. "Pas plus que ce que j'en sais à la fin", dit-elle en plaisantant. En revanche, David Lynch savait exactement où il allait. Quand on lui dit que la structure du film semble plus lâche, plus ouverte que celle de Mulholland Drive, il répond : "pour moi, c'est une histoire très définie". Mais il ne se départit pas de sa ligne de conduite ("ne rien dire sur un film qui puisse influencer le spectateur") et refuse de donner la définition. Une fois Inland Empire terminé, il a demandé à Laura Dern d'écrire ce qu'elle en avait compris, mais ne lui a pas rendu de corrigé. "J'ai bien vu qu'il y avait des liens avec Mulholland Drive - le personnage de l'actrice, les doubles -, mais il ne m'en a jamais parlé", dit-elle.
Tout au long du film, l'actrice passe d'un personnage à l'autre - une actrice sur le déclin, une femme adultère, la victime d'un complot mystérieux - des figures qui ont toutes en partage la peur et l'incertitude et parfois se confondent dans le même plan. Ces plans ont été saisis par David Lynch lui-même, qui tenait la caméra, petit outil qui inspire au cinéaste une révérence presque absolue - "Je peux faire durer le plan aussi longtemps que je le veux, je peux parler aux acteurs pendant la prise" - au point qu'il n'envisage plus de revenir au support argentique. Pour son interprète, l'intensité de l'expérience a été compensée par la souplesse du plan de travail qui lui a permis de ne jamais s'éloigner de chez elle et surtout par la confiance absolue qui régit ses rapports avec Lynch.
Cette enfant du sérail (elle est la fille de l'acteur Bruce Dern) est bien placée pour le dire : "Il y a tellement peu de réalisateurs qui n'écoutent que leur propre voix."
CAMPAGNE
Cette singularité ne se limite pas à la nature des films ou à leur méthode de fabrication. David Lynch a organisé et financé lui-même la sortie - confidentielle - d'Inland Empire aux Etats-Unis, accompagnant le film de ville en ville. Il a même participé à sa manière à la campagne pour les Oscars, dans l'espoir d'obtenir une nomination pour Laura Dern.
"Il m'avait dit qu'il était choqué par le budget d'une campagne pour obtenir une nomination pour l'Oscar de la meilleure actrice, 2 millions de dollars ou quelque chose comme ça, se souvient l'actrice. Et quand on m'a dit qu'il était sur Hollywood Boulevard (une vidéo de cette scène est disponible sur le site YouTube), assis sur un tabouret à côté d'une vache laitière, sous un panneau disant que je méritais l'Oscar, j'ai compris que c'était son commentaire sur le système."