Chronique de TAXI DRIVER de Scorcese (1976)
Et d’états d’âme, souvenirs du cinéclub de mardi dernier.
Le film s’ouvre sur les couleurs de la ville la nuit,Travis –De Niro jeune- l’insomniaque s’engage dans une compagnie de Taxi.
Une des premières choses que nous apprenons de lui, c’est une date : 1973.
La guerre du Vietnam, dans le corps des Marines, Travis est un vétéran, un vet, et le traumatisme de cette sale guerre traverse tout le film.
A un certain moment du film, quand Travis se transforme en machine à tuer et fait des pompes claquées, on entrevoit une cicatrice assez moche qui balafre son dos.
Schrapnel, ou torture, on aura droit au même détail dans Rambo (attention aux préjugés, le premier R. de la trilogie est un très bon film, qui traite lui aussi de l’après-vie d’un vétéran : mais personne n’embauche Rambo, il est condamné à l’errance, à la vie sauvage, et laissera éclater ses instincts de tueur quand il sera pourchassé comme une bête par la police locale / Travis lui trouve un job mais reste complétement paumé, lonely as one can be).
Taxi de nuit, il a la nausée de la vie nocturne de sa ville (New York ?), il fantasme un grand coup de balais, that would clean the scum off the street. The Scum, c’est cette faune nocturne, de dealers et de prostituées, d’ivrognes et de losers. Mais quelque part n’en fait il pas partie ?
La nuit sur les avenues, les néons des Peep-Show et des cinéma pornos ouverts 24h/24h illuminent la nuit, impressionnent la caméra : c’est là que Travis finira ses nuits, routine de vie minable et misère sexuelle, qui le laisse inexpressif devant les écrans de projections (qui ressemblent étrangement à celui du ciné-club, mais passons…).
Malgré son dégoût pour la prostitution c’est dans un de ces pornos qu’il emmènera Betsy pour un date,
« -Are you sure ? –
-Yes, it’s okay, a lot of couple go… »
Is that the only kind of movie you know ? lui demandera t elle avant de rompre : on mesure tout ce qui sépare ces deux individus, elle successful woman belle et cultivée, lui ultimate loser.
Betsy…c’est la fille dont il va tomber amoureux, tout le décors de sa rencontre nous intéresse au plus haut point : elle travaille au comité électoral du Sénateur PALANTINE qui s’est présenté aux élections présidentielles. Scorcese croque dans ses locaux une satire croustillante des campagnes tambour battant menées pendant les élections.
((Betsy…la femme qui traverse le film : je ne vous raconterai pas son histoire…juste cette phrase de travis quand il la voit pour la première fois « i saw her standing…she is alone…they do not have the right to touch her »
il entre là où il n’a pas sa place,parler à celle à qui il ne devrait pas pouvoir parler, rupture des frontières sociales…pour elle il mettra son beau costume, voudra l’emmener en date…lui c’est l’homme, une force cinématographique de séduction, tout le contraire du collègue maladroit et efféminé de Betsy)
Le badge que le comité doit diffuser porte comme slogan « WE ARE THE PEOPLE »
Mais l’usine s’est trompée
et a imprimée WE ARE THE PEOPLE au lieu de WE ARE THE PEOPLE.
Le comité refuse de payer : entre nationalisme…et populisme…
Ces badges sont des MACARONS : ils sont au centre de l’imagerie des campagnes à l’américaine, vous les retrouverez partout, souvenez vous des « it’s time to re-elect Nixon »)
Le comité électoral lui même est à l’image des années 1970 : le président ne peut esperer remporter des suffrages populaires sans avoir avec lui dans sa tribune : un jeune Yuppie, une belle femme souriante (mais affirmée, et travailleuse), un noir très bien habillé.
Pendant un de ces discours, le sénateur PALANTINE, qu’on va croiser pendant tout le film cite «un grand poète américain, WALT WHITMAN :
« I AM THE MAN…I SUFFERED… I WAS THERE »
et de reprendre « WE ARE THE PEOPLE…WE SUFFERED…WE WERE THERE »
we suffered in vietnam, ajoute t il : nous ne combattrons plus les guerres de quelques uns qui font le malheur de tous.
->dans le sillage du traumatisme de la guerre du vietnam, impopulaire, c’est le retour de la tentation de l’isolationnisme. L’Amérique a versé trop de sang.
L’autre candidat : GOODWIN, a comme slogan « A RETURN TO GREATNESS ».
…feux de circulation sur la voiture…Pierrot le fou mais c’est une autre histoire…hookers…rain on the car…Travis tourne le compteur pour lui même…dans des rues infinies…
« do you have a gun, travis ? » lui demande un de ses collégues ?
DO YOU HAVE A GUN.
L’amérique et les armes
« IT’S GOOD TO HAVE ONE, JUST AS A THREAT, YOU KNOW ».
Travis n’en a pas, il n’a probablement pas touché une arme depuis le vietnam.
L’amérique et the 1st Amendment, l’amérique et les armes, parfois légales, parfois illégales :
Travis embarque un homme blanc, qui ressemble à un docteur, un wasp pur porc qui sue à grosse goutte : dans la fenêtre d’un immeuble on voit la silhouette d’une femme qu’il appelle sa femme.
« you know who lives there ? a NIGGER lives there »
l’adultère aux états unis, et la possession d’armes à feu : la porte ouverte aux crimes passionnelles, il n’y a qu’à appuyer sur la gâchette.
A cela se superpose un des fondements du racisme américain : l’homme noir vole/viole la femme blanche. C’est le couple contre nature, insupportable : pour un regard, un geste mal placé, le KKK en a conduit plus d’un à la corde…
Ces réflexes racistes qui sont prêt à ressurgir même dans la classe moyenne urbaine :
I’m gonna kill that nigger.
L’autre a une arme : un Magnum .44
Ça vous fait un trou comme ça dans la tête : travis réalise que n’importe quel abruti qui monte derrière lui peut le descendre, le tenir à sa merci, pendant de longues minutes, dans sa propre voiture.
C’est le début d’une lente transformation.
Une jeune fille (une fillette ?) s’engouffre dans son taxi « take me away ! »
Un homme, son souteneur ( ?) l’en extraie, l’emmène : BITCH BE COOL,
Calme toi, salope.
Travis ne bouge, pas, l’autre lui a donné un dollar froissé pour qu’il la ferme, pour qu’il ne bouge pas.
Ce billet vert…corrupteur, immoral…nous le reverrons.
(pour les cinéphiles…rappelez vous la scène de la cafétéria…dans Pulp Fiction)
Dans le café des taxis : il y en a un qui a déposé un couple gay qui se disputait.
« this is an american free country »
qqun blague : ils devraient aller en californie : là-bas quand un couple gay rompt, « il y en a un qui paye la pension alimentaire de l’autre »
-ils ont toujours été très en avance, en californie.
…la sexualité aux états unis : mélange de tolérance et d’intolérance, après le rapport Kinsey, la révolution Gay des sixties : ENTRE ADULTES CONSENTANTS.
Mélange de tolérance et d’homophobie…
Travis demande conseille à un vieux taxi-driver : en un mot sa philosophie : a man = a job, il faut s’y fondre, sans ça on n’est rien…
TRAVIS SE PROCURE UN FLINGUE.
Son « ami » lui présente un « représentant de commerce »
Un jeune homme dynamique, souriant, très jeune :
Dans une chambre d’hôtel anonyme il ouvre ses deux grandes valises : il y a là tout un arsenal.
Pour ceux qui l’ont vu, cette scène à elle-seule semble avoir inspiré LORD OF WAR.
Le « vendeur » lui fait l’éloge de chacune des armes
« it’s a beauty »
« look at this wonder »
flingue de cow-boy, PPK d’agent secret : toutes ces armes nous les avons vues dans un nombres incalculable de films…les pistolets font partie intégrante de la culture américaine.
TRAVIS ACHETE TOUTES LES ARMES.
Le bonhomme lui demande alors, puisque c’est un gros client : « what about dope ? »
Et de la drogue ?
Et c’est le défilé, dans l’ordre chronologique : du haschich, de l’acide, de la coke, des amphets, des noms de substance chimiques sûrement très dures…
Pour l’analyse de l’histoire des drogues aux USA, je vous conseille de lire HUNTER S THOMPSON (LAS VEGAS PARANO, c’est un fragment de sa biographie)
Les « uppers » (amphets, pills), d’abord utilisées pour compenser les effets de « downers » (acide, haschich) : et maintenant des générations de jeunes drogués qui passent directement à la case AMPHET, sur-adrédaline, et qui ne touche plus au haschich et à l’acide : des drogues ringardes, et lénifiantes.
« it’s good to have one, just as a threat you know »
Now travis has too many : HE wants to be the threat,now.
NO MORE DESTROYERS OF MY BODY : TRAVIS DÉCIDE DE CHANGER COMPLÈTEMENT SON MODE DE VIE.
PLUS DES PILLULES (DES ANTI-DÉPRÉSSEURS ? très important dans la pharmaceutique américaine…)
Pas de drogues non plus : de l’exercice, de l’exercice, de l’exercice.
reprise de l’entraînement des Marines ( ?): Travis redevient un athlète (robert de niro jeune est SUPER musclé…)
il se recouvre de ses armes, passe des journées à devenir un tireur d’élite,
les fourre dans des holsters, les tire devant un miroir :
TALKING TO ME ? YOU’RE TALKING TO ME ?
WHO THE FUCK DO YOU THINK YOU’RE TALKING TO ?
Cette homme qui veut devenir une arme…dans la chambre d’hôtel il pointe l’arme par la fenêtre, vise la rue…
Impossible de ne pas penser à la tête de Kennedy qui explose…un coup (deux coup ? qui sait…peut être trois…).
C’est à lui de devenir là menace : il rôde près des sites où le sénateur Palantine (qu’il a à une époque baladé dans son taxi) fait ses discours.
EST CE POINT DE CHUTE DE SA VIE : L’ASSASSINAT D’UN PRÉSIDENT (EN PUISSANCE) ?
Petit dialogue entre travis et un « agent des services secrets », un mec habillé tout en noir, les mains croisés :
-what are you waiting for ?
(l’homme en noir )-i’m waiting for the senator !
-what a good answer : i’m waiting for the sun to come.
Comme si c’était l’agent qui « attendait » le sénateur : qui a tué Kennedy ? Mafia ? CIA ? Castristes ? OVNIS ?
Cette tentative d’assassinat échouera…où plutôt se dissoudra…
Le Jour J il s’est rasé la tête sauf une bande punk, il a vraiment l’air d’un type plutôt louche et se fait repérer : s’enfuit.
Que va t il devenir
C’est que Travis a lié son destin à celui de la jeune prostituée qui était montée dans sa voiture : elle s’appelle Iris, aka Easy. Il lui a promis qu’il la sortirait de la prostitution.
Le mac de celle-ci à leur première rencontre l’a appelé « cow-boy » à cause de ses bottes en cuir reluisante, de son ceinturon ? En reconstruisant son identité, Travis à appris à avoir un LOOK. He looked « hip » (je vous renvoie à Las Vegas Parano).
Il ressurgit en punk justicier, et dans un final absolument sanglant abat le PIMP (macro), le SOUTENEUR, LE CLIENT, toute la chaîne de la prostitution sauf IRIS.
Travis était une bombe ambulante depuis la moitié du film, c’est dans cette chambre d’hôtel (encore une) qu’il croit mourir. : la main pointée en pistolet sur la tempe.
A t il raté sa cible ? A t il seulement réussi à sauver une vie ? L’épilogue semble nous indiquer qu’Iris (qui n’a pas 14 ans) a retrouvé sa famille, que Travis va retrouver Betsy ou en tout cas qu’elle lui fait ses excuses….
Mais ne sont ce pas les ultimes pensées d’absolutions d’un punk ensanglanté, qui s’est assis comme un zombi, sur un canapé de bordel, à coté d’une enfant prostituée en pleur, sous les regards verticaux d’une horde de flics en bleus ,
American (hi)Story…
Noam.
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