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 Bon à recracher dans une dissert'

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lucie



Nombre de messages: 99
Date d'inscription: 24/09/2006

MessageSujet: Bon à recracher dans une dissert'   Lun 16 Oct - 20:04

2 fiches rapides de films en plein dans le programme:

MISSISSIPPI BURNING d'Alan Parker
introducing Gene Hackman and Willem Defoe, Frances Mc Dormand

Basé sur une histoire vraie:

CONTEXTE: 1964, durant l'"été de la liberté" où des milliers de jeunes du nord se rendent dans pays du sud pour aider Noirs à s'inscrire sur les listes éléctorales: parmi eux un jeune Black et 2 Juifs de NY qui se rendent à Philadelphie pour une réunion.
Dissparaissent alors qu'étaient de passage à Jessup city dans le Mississippi.

2 agents du FBI aux manières de faire radicalement différentes (l'un vieux bourru qui n'a que faire de la diplomatie et règle les problèmes à sa manière et l'autre ptit jeuneot fraîchement diplômé très soucieux d'établir à la lettre ses cours de théorie, je vous laisse deviner qui est qui) sont mis sur le coup et débarquent dans la petite ville qui sous des dehors tranquilles est rongée par le racisme. Ils vont devoir affronter la haine et le mutisme des habitants, à grands renforts d'interrogatoires et de méthodes d'intimidations dont Gene est friand (zut j'ai craché le morceau...), pour traverser les apparences et découvrir la cruelle vérité.

Jessup City est en fait le siège d'un groupe du KKK, auquel appartient même le shériff de la ville, son adjoint et le pasteur. Les 3 jeunes disparus avaient été arrêtés et interrogés sans motif alors qu'ils faisaient une pause dans la ville, et sont relâchés à la nuit. C'est lorsqu'ils s'apprêtent à repartir en voiture qu'ils sont "embuscadés" (euh bon vous aurez compris) par un groupuscule de membres du KKK et lynchés puis tués par balles.

Le film s'arrête là , mais moi, en bonne petite khâgneuse, j'ai cherché en exclusivité pour vous la suite de l'histoire: après la découverte de la vérités, une 20aine de membres du KKK sont interpellés . L'affaire passe au tribunal. 7 personnes sont condamnées à 6 malheureuses années de prison pour "violation des droits civiques". Vous l'aurez compris, les jurés se trouvaient être de petits Blancs du sud plutôt en faveur du KKK...
Le procès a été rouvert en 2005, soit après la mort de tous les témoins de l'affaire, et Edgar Ray Killen, un des anciens responsables du KKK a été condamné à la prison à vie, bien qu'il eut déjà plus de 80ans. Ce procès qui semble un peu absurde est en fait un moyen symbolique de réparer les "négligences" des années 60 du Sud qui tentait d'effacer son passé ségrégationniste et raciste.
Le Sénat américain s'est officiellement excusé le lundi 13 Juin 2005 d'avoir renoncer à interdire explicitement les lynchages et crimes racistes entre 1881 et 1964, qui ont fait + de 4750 morts. Moins d'1% des responsables de ces actes ont été condamnés...
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lucie



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MessageSujet: Re: Bon à recracher dans une dissert'   Lun 16 Oct - 20:39

2ème film: LA PORTE S'OUVRE (NO WAY OUT) de Joseph L. Mankiewicz
USA 1950. Avec Sidney Poitier, Richard Widmark, Stephen Mc Nally, Linda Darnell

Dans un hopital public d'une grande ville américaine travaille Luther Brooks, jeune interne noir assez mal vu par ses collègues, mais objet d'une confiance sans limite de son supérieur le Dr. Wharton. Un jour 2 voyous blessés au cours d'un hold-up sont admis à l'hopital et soignés par le Dr Brooks, qui diagnostique une tumeur cancéreuse chez l'un d'eux, John, et décide de tenter le tt pr le tt; malheureusement celui-ci ne supporte pas l'opération et le pauvre Dr est accusé par son frère (Ray, l'autre voyou un poil raciste) de meurtre. Seule une autopsie, qui nécessite l'accord de la famille (donc de Ray, vous suivez?), pourrait l'innocenter.

Ce film est relativement méconnu, et c'est dommage. Il s'impose comme une production ouvertement "déviante" à l'aune d'une Amérique gangrénée par le racisme et le conservatisme le plus primaire (bouh les affreux!).

Intense pamplet contestataire doublé d'un film noir de la meilleure cuvée, Mankiewicz the Great n'y va pas par quatre chemins pour dénoncer sans fard la xénophobie purulente de son propre pays, qu'il considère comme une "impasse" (no way out) au bon développement d'une socièté digne de ce nom. Une vision pessimiste donc, que le titre français décolore en laissant entendre la note d'un espoir (franchement, traduire "no way out" par "la porte s'ouvre", Moffett nous aurait trucidé pour moins que ça).

Ceci étant, la confrontation entre Poitier (ici à ses débuts. Pour ceux qui connaissent pas, c'est le 1er acteur noir à avoir eu des 1ers rôles au ciné) et Richard Widmark (Ray, l'un des deux bandits) est tout à fait mémorable, les accès de fureur haineuse de ce dernier étant si violents que l'acteur se sentait obligé de présenter ses excuses à son partenaire, à la fin de certaines prises.
Cette violence verbale est rattachée à une violence généralisée, qui enserre le film de ses griffes : violence des rapports humains (voir par exemple la scène où Linda Darnell, l'ex de John, se retrouve avec la femme de ménage Noire du Dr Wharton), violence des confrontations (une scène de réglement de comptes entre deux clans particulièrement abrupte dans son approche et visuellement splendide), et violence du propos (on est dans les années 50, soit dans une approche du cinéma encore assujettie au Code Hayes, le code d'autocensure décidé au début des années 30 par les grands producteurs de l'époque genre Warner et Paramount). Le film se trouve d'ailleurs censuré dans plusieurs États (surtout du sud, on se demande pourquoi...)

Comme dans la plupart des films du réalisateur américain, le scénario s'avère remarquable de justesse et de concision (une nomination au Oscars en 1951 d'ailleurs). Pas de place pour le pathos ici, mais un récit fermement mené à bras le corps, qui fustige avec brio le poison d'une Amérique conservatrice et qui entretisse des liens fondamentaux avec quelques autres plaidoyers sortis à la mêmes époque (Le Mur Invisible, L'Héritage de la chair, L'Intrus...), ts produits dans la même perspective, l'évolution des mentalités.
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